L’IA monte à bord

Par Charles GUENOIS, Lieutenant de vaisseau, Etat major de la marine  

Le plan stratégique « Mercator » du chef d’état-major de la marine, dans son volet « une Marine en pointe », vise entre autres à utiliser l’IA pour accélérer les prises de décisions, agir avant et mieux que l’adversaire et conserver l’ascendant en opérations.

L’aide à l’analyse de situation maritime par exemple est essentielle en surveillance maritime globale (300 000 navires/jour à analyser en temps réel à l’échelle mondiale) comme au sein d’une force navale. Il s’agit de fusionner et de corréler des sources d’information différentes (radars, sonars, données ouvertes, renseignement, météo, images satellite …) afin de détecter l’incohérence du comportement d’un navire ou d’un avion par rapport à ce que son transpondeur annonce.

Cette démarche tend vers le « combat collaboratif » naval, optimisant les moyens à l’échelle de la force (meilleure performance et gestion optimisée des senseurs et des armes des différents navires et aéronefs, adaptation à la menace …) afin d’être plus performant en multi lutte et face aux menaces futures plus rapides et furtives (missiles hypervéloces).

Par ailleurs, la performance des unités sera augmentée par un entraînement plus réaliste, par l’amélioration de la maintenance et de la cyber défense pour les navires et les aéronefs, ou encore par l’optimisation des opérations logistiques et de reconfiguration dans l’action (chargement d’un navire, prévision des rechanges, poste de combat…).

Enfin, l’emploi des drones, par exemple sous-marins et de surface avec le programme SLAMF (Système de Lutte Anti Mine Futur) doit permettre de voir plus loin et d’éloigner les marins de la menace en opération de déminage de mines sous-marines.

Nos marins sont appelés à décider et agir dans des situations opérationnelles dangereuses, complexes et demandant une très forte réactivité. Il s’agit donc de disposer de briques d’IA qualifiées, adaptables au contexte opérationnel, utilisées dans un domaine d’emploi maîtrisé par les opérateurs et conforme au droit international : ils pourront ainsi, tout en restant « dans la boucle » décisionnelle, se recentrer sur les tâches à haute valeur ajoutée. Les équipages devront cependant conserver leur capacité à s’adapter en toute situation, y compris en s’entraînant régulièrement aux « modes dégradés », avec et sans IA.

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