LA RÉALITÉ AUGMENTÉE AU BLOC OPÉRATOIRE

Par Pr Luc SOLER

Directeur Scientifique IRCAD/IHU, Strasbourg

La chirurgie de nos jours tend de plus en plus à devenir une chirurgie augmentée permettant d’améliorer la capacité gestuelle du chirurgien grâce à la robotique et sa capacité visuelle par le biais de la réalité augmentée. L’intelligence artificielle, quant à elle, permet d’accroître la capacité cognitive du praticien. Les blocs opératoires hybrides ont fait leur apparition et combinent des techniques d’imagerie et l’acte opératoire de base.

La chirurgie utilise des repères visibles pour opérer. Dans un tiers des cas, des erreurs de compréhension de la localisation 3D des pathologies sont remarquées car réalisées à partir d’images médicales en coupe 2D. Après 15 ans de recherche, l’Institut de Recherche contre les Cancers de l’Appareil Digestif (IRCAD) a réalisé une cartographie personnalisée du patient : Le Visible Patient. Ce service en ligne fournit, à partir de l’image médicale, une impression 3D virtuelle permettant de créer un clone numérique du patient accessible en routine mais pas encore remboursé. Avec le logiciel, on peut simuler par exemple la pose d’agrafes sur des vaisseaux sanguins. En fusionnant cette image virtuelle sur l’image vidéo pendant l’opération, le chirurgien possède alors un dispositif de géolocalisation lui permettant de placer idéalement les outils chirurgicaux. Il faut néanmoins tenir compte des déformations liées à l’acte. Pour cela, les nouveaux blocs opératoires hybrides sont équipés d’imageurs médicaux, sorte de « radars » chirurgicaux. L‘image virtuelle peut alors être déformée à la nouvelle forme du patient sur la table : c’est le morphing 3D.

Le laboratoire ICube de l’Université de Strasbourg va plus loin en associant à l’image un petit robot qui permet de passer par les orifices naturels. Encore au stade de recherche, il pourra être contrôlé par réalité augmentée : l’ordinateur bouge automatiquement les instruments pour suivre les mouvements et sécuriser le geste. Enfin, ces équipes associées à l’Institut Hospitalo-Universitaire de Strasbourg, l’IRT bCom de Rennes et la société Harmonic développent ensemble le projet Condor qui s’inspire de l’aéronautique pour apporter l’intelligence artificielle au sein de chaque bloc opératoire par le biais d’une « boîte noire » et d’une « tour de contrôle » qui sécuriseront les opérations.

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