L’ « HUMAIN » : PRIORITÉ OU SUPPLÉMENT D’ÂME DU « PROGRÈS » BIOMÉDICAL

Par Frédéric PIERRU CNRS-CERAPS Comité de Direction de la chaire de santé de Sciences Politique, Paris

Il s’agit d’un débat ancien sur la place de la technologie et de l’homme vis-àvis de la médecine. Si l’on s’attache à la politique actuelle, il existe une notion de « doublethink » qui pousse à croire des choses contraires pour la santé. La médecine est sujet à la prolifération de nouvelles technologies et ceci au détriment de la médecine clinique. Parallèlement, on retrouve une logique gestionnaire désincarnée dissimulant le besoin médical derrière des chiffres. Pourtant, il est demandé de remettre « l’humain » avec toute sa singularité au centre de la machine.

Plusieurs erreurs sont alors démontrées. La première porte sur le déterminisme technologique. Le système de santé est complexe avec ses inégalités entre acteurs. La deuxième porte sur « l’individualisation » des qualités dites « humaines ». L’empathie et le sens relationnel sont des qualités humaines qui sont encouragées. Or, l’empathie dépend de la situation vécue. Avec ses complexités, un établissement de santé n’est pas un monde simple. Il s’agit d’une alliance entre les spécialités biomédicales et la gestion qui entraîne ou non une déshumanisation. L’esprit gestionnaire repose sur la façon de penser pour augmenter la productivité. Il existe divers traits distincts comme le positivisme qui vise à remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses.

La médecine repose sur la science de la vie et sur l’art de guérir, deux notions différentes. D’un côté on cherche à rationaliser et prédire, et de l’autre à adopter les singularités humaines. Les désillusions du « progrès » biomédical sont nombreuses. On observe que nombre d’entre elles sont dues à la technologie mais aussi aux anomalies qui s’accumulent comme les coûts exorbitants de la médecine personnalisée. Les progrès restent multiples et variés. Ainsi on différencie le progrès subtil reposant sur l’humain, du progrès utile s’appuyant sur la technique. On oublie que la médecine est une pratique basée sur des situations complexes avec des délibérations qui doivent être autonomes. Malgré cela, la biomédecine est rationalisée par une gestion continue et se concentre sur la technologie seule. Il y a une quantification excessive de la pratique et une accélération des cadences à cause d’un manque de temps.

Pour conclure, il existe non pas un progrès mais des progrès. Il faut redonner sa place au progrès subtil.

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