Est-il possible de mesurer objectivement la douleur en réanimation ?

Par Pr Gérald CHANQUES Anesthésiste réanimateur, CHRU Montpellier

La douleur est l’une des principales préoccupations des patients hospitalisés en réanimation. Elle est amplifiée par un environnement bruyant et stressant. Son dépistage permet une prise en charge globale plus rapide et une optimisation de la dose de sédatifs et d’analgésiques.
Pour mesurer la douleur, il faut différencier deux types de patients. Ceux qui peuvent communiquer pourront auto- évaluer leur douleur selon une échelle numérique. Quant aux non communicants présentant une altération au niveau de leur conscience, il est nécessaire d’utiliser les échelles comportementales validées cliniquement comme le BPS (Behavioural Pain Scale). Les principaux inconvénients de ces méthodes sont la reproductibilité interobservateur et l’incapacité d’obtenir des résultats chez les patients curarisés.
La douleur engendre une émotion traduite par une réponse comportementale et neurovégétative. Nous pouvons observer les réactions de l’activation du système parasympathique qui se manifeste par un malaise vagal, et/ou celles du système sympathique, qui répond au stress par une augmentation de la fréquence cardiaque et du diamètre des pupilles. Selon les recommandations scientifiques actuelles, la surveillance des paramètres physiologiques par le monitorage standard de réanimation est moins valide que les échelles comportementales. Nous nous intéressons donc à de nouveaux outils électrophysiologiques comme l’analyse de la variation de l’espace R R du tracé ECG ou l’enregistrement vidéo du diamètre pupillaire qui représentent l’activité du système neuro-végétatif et évaluent donc objectivement la douleur.
Les recommandations actuelles proposent au patient une auto évaluation de la douleur car son ressenti prime sur toute autre mesure. Ensuite il faut utiliser les échelles comportementales, bien que présentant une part de subjectivité. Pour les patients dont l’état ne permet pas une communication aisée, les mesures électro physiologiques semblent être la meilleure option malgré le manque d’études sur l’impact thérapeutique.

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