Dessiner la médecine nucléaire de demain à partir de l’expérience nantais

Par Dr Françoise KRAEBER-BODERE Médecine nucléaire CHU-ICO Nantes

Les techniques d’imagerie actuelles sont devenues un outil de choix de traitement. Elles permettent la sélection des patients répondeurs ou non répondeurs à une thérapie. Pour dépasser les limites de l’imagerie conventionnelle, la médecine nucléaire s’appuie sur la rencontre entre la biologie et la physique. Elle est basée sur l’administration de radiopharmaceutiques dont on observe la désintégration à l’aide d’une gamma-caméra ou d’une tomographie par émission de positons (TEP).
Grâce aux recherches menées au CHU-ICO de Nantes, les équipes ont démontré l’intérêt de la TEP au FDG (Fluorodeoxyglucose) pour une cartographie 3D du corps entier afin de détecter des tissus tumoraux viables. Cet examen permet d’améliorer le diagnostic grâce au repérage de l’information pertinente. L’ajout de radiopharmaceutiques supplémentaires lors de cet examen, tels que des anticorps ou peptides radiomarqués à l’aide de radionucléides innovants (68Ga, 64Cu et 89Zr), permet l’accès à une imagerie phénotypique évaluant la réponse tumorale à un traitement. Par exemple, l’immuno-TEP avec le Gallium 68 permet de visualiser les cellules tumorales ne consommant pas de
glucose. De plus, grâce à sa haute sensibilité et à sa résolution, de très petites lésions non détectables au FDG deviennent alors visibles.
En remplaçant le radionucléide par un émetteur, l’imagerie devient alors théranostique. Cette radiothérapie vectorisée a permis notamment d’obtenir des cas de rémission complète de leucémie aiguë.
D’autre part, les évolutions matérielles ont eu un rôle déterminant dans la quantification des radiotraceurs grâce à la mesure du SUV (Standardized Uptake Value) pour apprécier l’hétérogénéité des tissus. Couplée à une imagerie anatomique, l’imagerie fonctionnelle permet de préciser la localisation des lésions et donc d’optimiser le traitement.
Ainsi, par l’évolution des traceurs et des équipements, la médecine nucléaire d’aujourd’hui agit comme une thérapie ciblée et personnalisée, évitant donc au patient l’exposition à un traitement inefficace.

Questions
La qualité des résultats obtenus pousserait-elle à augmenter ces étapes diagnostiques pour le suivi du patient avec des risques liés à l’irradiation du traceur et du scanner ? L’irradiation liée à la TEP-CT est très faible avec l’utilisation du scanner Low-dose. La vérification de l’amélioration de la prise en charge est réalisée lors des études cliniques. De plus, les patients sont engagés dans des traitements très délétères, il est préférable de confirmer le diagnostic plutôt que d’administrer un traitement inefficace. Dans tous les cas, l’examen doit être réalisé avec la dose la plus faible possible.
Existe-t-il une synergie avec la biologie moléculaire ou le séquençage pour adapter le traceur ou mener des investigations particulières ? Au début, il s’agit de corrélation pour réaliser des nomogrammes : on étudie la répartition du FDG pour un groupe de patients donné.
Où est réalisée la radiothérapie vectorisée ? La radiothérapie vectorisée est pratiquée principalement dans les CHU et les centres anti-cancéreux. L’utilisation des anticorps est une spécificité du CHU de Nantes.

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