CHRONIQUES D’UN MÉDECIN LÉGISTE

par Dr. Michel SAPANET, Responsable de l’Institut de Médecine Légale Poitou Charentes, CHU de Poitiers

Février 2012 : la découverte d’un plongeur menotté fait la une à La
Rochelle. À partir de ce cas, le Docteur Sapanet, médecin légiste de l’affaire qui suscite bien des questions, raconte avec une note d’humour le quotidien auquel il doit faire face. Puis, il nous expose la pratique de son métier en situation de crise.

La levée de corps s’effectue en 3 cercles, le premier représente l’environnement, le second renseigne sur les indices à proximité du corps, aidant à la compréhension de l’affaire. Le corps repose au centre du
dernier cercle.

Affublé d’accessoires sexuels, le plongeur porte un masque à gaz obturé par un flacon de Poppers. Accident de jeu ? Meurtre homosexuel ? Le Docteur Sapanet aime prendre l’hypothèse de la police à contrepied. Cela permet de ne négliger aucune piste, explique-t-il, car une autopsie ne se refait pas (les organes pleins sont sectionnés en tranches de 1 cm et les organes creux ouverts). Le passage des corps au scanner est systématique. Dans le cas présent, l’examen confirme la mort par asphyxie. Puis le médecin réalise ses recherches sur internet pour établir le profil psychologique de la victime. Les premiers traits caractéristiques apparaissent : paraphilie et masochisme. L’histoire d’une longue dérive sexuelle…

En situation de crise, c’est son équipe de légistes qui « traite » la masse des victimes. Tous les corps ne sont pas autopsiés, une graduation ordonne le travail des légistes en fonction des réponses à apporter à la justice. La gestion de ces situations s’organise en 4 niveaux selon le nombre de victimes et les causes de la catastrophe. Moins de 40 victimes, c’est un accueil dans le service de médecine légale du CHU (niveau 0) et du renfort peut être demandé (niveau 1). Pour un nombre plus important de victimes, l’accueil se fait à la faculté de médecine (niveau 2) car son laboratoire d’anatomie est équipé de 15 tables d’autopsie, tandis que le niveau 3 fait appel à des moyens mobiles nationaux, dans le cas où la faculté
de médecine serait attaquée.

Le travail d’un médecin légiste n’est donc pas de tout repos comme on aurait pu le croire. « On n’est jamais déçu par le pire mais il faut l’avoir imaginé avant » conclut le Docteur Sapanet sur un ton humoristique
bien à lui, sûrement pour dédramatiser un quotidien pas toujours rose.

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