CARTOGRAPHIE de l’élasticité des tissus.

Par Mathieu COUADE

Profession : Ingénieur R&D

Société : Supersonic

La société Supersonic Imagine développe depuis 2005 l’échographe « Aixplorer » incluant un nouveau mode d’imagerie nommé élastographie par onde de cisaillement (« Shear Wave Elastography » ou SWE) qui permet d’obtenir en temps réel une cartographie de l’élasticité des tissus avec une résolution millimétrique. C’est ce paramètre que les médecins cherchent à estimer lorsqu’ils palpent un organe. Ce paramètre peut ainsi être caractéristique de l’état pathologique des tissus. Cette technique de palpation reste toutefois subjective et difficile à appliquer pour tous les types de tumeurs, d’où l’intérêt d’une technique d’élastographie, aujourd’hui appliquée cliniquement à l’imagerie diagnostique du sein, de la thyroïde, de la prostate et du foie.

Dans le mode SWE, les cartes d’élasticité sont obtenues en mesurant la vitesse de propagation d’une onde de cisaillement de faible amplitude (~10 µm), reliée à l’élasticité des tissus et générée préalablement en utilisant la force de radiation acoustique. La propagation de cette onde de cisaillement est ensuite imagée grâce à un mode « ultrarapide » qui permet d’atteindre des cadences de plus de 10000 images/seconde. Il est ainsi possible d’obtenir une mesure locale et quasi instantanée de la vitesse de propagation et donc de l’élasticité avec une résolution millimétrique. D’autres applications cliniques de ce nouveau mode d’imagerie sont aujourd’hui en cours de développement, en particulier les applications cardiovasculaires. Les maladies cardiovasculaires, responsables de plus de 30% des décès dans le monde, se manifestent le plus souvent par un changement des propriétés mécaniques de la paroi des artères ou du myocarde.

Dans le cadre d’une collaboration entre la société Supersonic Imagine et l’Institut Langevin, le mode SWE a été adapté et appliqué in vivo à l’imagerie des propriétés élastiques des parois du cœur et des artères. Il a été ainsi possible de mesurer l’élasticité de la paroi cardiaque au repos en diastole et pendant la phase contraction en systole. En particulier, il a été montré que l’élasticité systolique (maximale) permet de quantifier la fonction contractile du myocarde (capacité intrinsèque du muscle à se contracter). Par ailleurs, la contraction cardiaque génère une onde de pression artérielle responsable du flux sanguin systolique. Dans une artère normale, la dilatation de la paroi au passage de cette onde de pression induit la sollicitation mécanique de fibres de collagène très rigides, ce qui permet de limiter la dilatation et donc d’assurer la stabilité mécanique de l’artère. De nouvelles études cliniques vont permettre d’étudier les modifications de la rigidité des parois artérielle et cardiaques induites par les pathologies artérielles et les cardiomyopathies.

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